AgirpourIngrid.com - Bogota - 27/05/08
La mort du chef historique des Farc, Manuel Marulanda, devrait conforter la politique de fermeté affichée par le président colombien Alvaro Uribe à l’égard de la guérilla marxiste, très affaiblie par une série de revers militaires mais qui n’a pas encore rendu les armes.
Il y a six ans, le président conservateur Alvaro Uribe avait été élu en s’engageant à infliger une déroute militaire aux FARC, en rébellion contre les autorités depuis 1964. La guérilla a annoncé dimanche que son fondateur était décédé en mars d’un arrêt cardiaque, mais le gouvernement n’a pas exclu qu’il ait été tué pendant un combat récent, mettant les FARC au défi de montrer le corps.
"On ne saura peut-être jamais si Marulanda a péri d’un infarctus foudroyant, et même si c’était le cas, quelles que soient les circonstances de sa mort, le gouvernement d’Uribe s’en attribuera le succès", estime Alfredo Rangel, directeur de la Fondation Sécurité et Démocratie, un institut d’études privé de Bogota.
Réélu en 2006, le président colombien a toujours prôné la lutte armée contre les FARC, une position qui lui a permis jusqu’ici de contenir le scandale autour des liens présumés entre son gouvernement et les milices paramilitaires d’extrême droite.
Il a aussi toujours refusé leur principale exigence : une importante zone démilitarisée, afin de procéder à un échange de 500 guérilleros détenus contre un groupe de 39 otages "dits" politiques, dont Ingrid Betancourt , séquestrée depuis plus de six ans. "Uribe est en train de prendre le dessus. Il semble que les FARC sont en phase terminale", selon Alfredo Rangel.
Au début des années 90, la rébellion comptait quelque 17.000 combattants, répartis sur 70 fronts, notamment dans la forêt dans le sud-est du pays, où se trouvent les principales zones de production de cocaïne qui assure une grande part de ses revenus avec les enlèvements, selon les services de sécurité.
Après la rupture de négociations entre les FARC et le gouvernement d’Andrés Pastrana en 2002, l’option militaire a remporté d’incontestables succès, bénéficiant du Plan Colombie, un programme financé par les Etats-Unis à hauteur de 4 milliards de dollars.
Les revers cinglants se sont récemment accumulés pour la plus vieille guérilla d’Amérique latine. Le 1er mars, son numéro deux, Raul Reyes, a été abattu lors d’un raid colombien en Equateur. Le même mois, un autre dirigeant, Ivan Rios, a été assassiné par l’un de ses lieutenants qui voulait toucher la prime offerte par le gouvernement. Plus récemment, les FARC ont enregistré la défection d’une de ses dirigeantes emblématiques, Nelly Avina, dite "Karina".
Le ministère colombien de la Défense estime que la rébellion ne dispose désormais que de 6.000 à 8.000 guérilleros, évaluant à près de 1.800 le nombre de désertions pour la seule année 2008.
Le remplacement de Marulanda par Alfonso Cano, présenté comme l’idéologue de la guérilla dont il représente la branche modérée, laisse entrevoir l’espoir d’une reprise des négociations sans garantir la fin des combats. "Les FARC ont été fortement affaiblies, mais elles ne sont pas encore vaincues", signale le politologue Gabriel Marcella, spécialiste des conflits en Amérique latine.
L’ancien président colombien Ernesto Samper, qui a dirigé la Colombie entre 1994 et 1998, rappelle qu’"aucun conflit ne s’est achevé sans un volet politique". "On ne peut pas prétendre exterminer la guérilla par la seule voie militaire", prévient-il.
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